Mon premier voyage en Russie

Un voyage en Russie juste après le putch

Premier Départ pour la Russie, ce pays qui semblait si lointain

Je me souviens bien, la première fois que l’idée est venue. Elle ne m’a pas atteint tout de suite. Je commençais à apprendre le russe et au lycée, cette année là, un de ces voyages organisés en Russie se préparait. Nous sommes en 1991.

Voyages organisés en Russie

L’idée de partir pour cette destination là était quelque peu étrange. Mais il y avait quelque chose d’attirant en ce pays. Peut être le mystère profond qui l’entourait.

Les rares contacts que j’avais eu avec la Russie, n’étaient pas eux même très attirants… une prof de russe dépressive et trop souvent absente, des assistants de russe austères et durs qui ne riaient jamais et même une élève russe, une correspondante en primaire, avec laquelle je n’avais pas su correspondre justement. Je me souviens de sa lettre qu’elle envoyait à un petit français qu’elle ne connaissait pas, avec l’espoir d’échanger simplement. Pour elle, ça devait être inespéré d’avoir un correspondant français. Alors peut être que j’ai un peu trop senti cette forte attente. Elle avait fait un joli dessin, et puis, la lettre était écrite dans un français difficile à déchiffrer. Bref, la communication ne s’était pas faite facile. Je n’avais pas accroché. Et pourtant…

Mais voilà, le voyage s’organise. Au nouvelles on dit que l’URSS est tombée, on parle de Gorbatchev comme un sauveur avec sa Perestroïka. D’ailleurs le mur de Berlin vient lui même de tomber deux année avant ça. Boris Eltsine vient de faire son putch et tout le monde se souvient de lui perché sur un tank, juste après avoir tiré au char d’assaut sur la maison blanche de Moscou.

Des images impressionnantes. Et moi, je pars pour Moscou. Je dois avoir 16 ans ou pas loin. Les russes viennent de hisser leur nouveau drapeau au dessus du Kremlin, celui de la CEI (Communauté des États Indépendants).

Derniers préparatifs au voyage

On nous a donné une liste pour bien préparer nos bagages. C’est en hiver, il va faire froid. Froid comme là bas, pas froid comme chez nous. Et bizarrement, rien que ça, me donne envie d’en savoir plus.

Et oui ! Je prend des vêtements chauds et on nous dit de prévoir des petits cadeaux. ça a l’air important. Des cadeaux pour les russes que l’on va croiser sur place. Alors sur cette liste de cadeaux possibles, il y avait des cigarettes pour donner au garçon d’hôtel

par exemple, des barres chocolatées de type M&M’s ou Mars ou des babioles françaises. Certains parlaient aussi d’apporter des médicaments, d’autres des produits de beauté ou du parfum.

Une autre recommandation qui donnait un peu plus le goût d’aventure était au sujet de l’eau. L’eau n’est pas bonne à boire comme ça. Il faut apporter des pastilles pour la purifier. Comment est-ce possible, moi qui ait toujours bu l’eau du robinet ?

Et puis il va falloir que nous préparions notre dossier pour obtenir nos visas pour la Russie.

C’est parti pour la Russie, Moscou, puis l’anneau d’or

arrivée à Moscou

Nous arrivons à Moscou sous la neige. Dans l’avion surchauffé où il devait faire 25 degrés, on nous annonce peu avant l’atterrissage qu’il fait – 17 au sol. Autrement dit, nous nous préparons à un choc thermique. La différence est de 42 degrés de moins.

voyage russie

A l’arrivée, nous sommes un peu refroidis par le passage en douane. Les douaniers russes ne rigolent pas du tout. On a juste l’impression que si on bouge un cil on va se faire fusiller. Ils observent longuement, après la queue qui est tout aussi longue. Ils scrutent encore et encore. Pourtant, j’ai 16 ans et pas l’air méchant… Et enfin, le tampon salvateur, je peux entrer en Russie officiellement. Ouf !!

Dehors, moins 17, mon jean est plaqué et froid contre ma peau. Nous prenons le bus pour l’hôtel. C’est parti.

Tout est sous la neige. Tout est gris. Les bâtiments, les gens, la route… Le bus est surchauffé. Et on ne voit pratiquement rien par les fenêtres du bus. Il fait sombre. Nous sommes dans la capitale et pourtant les bâtiments ne sont pas éclairés ni mis en valeur. Dehors, tout est noir et visiblement immense.

Le pays tout entier n’est pas prêt pour le tourisme, mais alors, pas du tout. Il faut dire que la Russie s’ouvre à peine, après des années de communisme soviétique, très fermée sur elle même.

Partout on sent qu’on ne peut pas faire n’importe quoi. D’ailleurs, tout le monde nous remarque. Nous sommes habillés à l’occidentale avec des jeans et des sacs à dos, alors qu’ici les gens sont gris. Il portent de long manteaux sombres et des chapkas. Alors forcément, avec nos bonnets et nos habits colorés, nous faisons tâche ici et pas qu’un peu. Ce qui est discret chez nous est très voyant ici.

A l’hôtel, nous posons nos valises. L’hôtel est immense. Il sent le formica. C’est un peu comme si nous étions plongés dans une autre époque un peu austère. Le garçon d’hôtel me conduit à la chambre. Il pose ma valise sur le lit. Il baragouine quelques mots dont je ne comprend rien. Je lui donne un paquet de cigarettes. Il est semble-t-il très content et me laisse.

Avant même le repas du soir à l’hôtel, plusieurs des filles du groupe se plaignent de s’être prise une main aux fesses par des russes qui semblent un peu plus directs que chez nous en France.

Plus tard, nous allons manger pour la première fois à la russe. Mon souvenir de ça est assez vague, si ce n’est qu’on se demande un peu ce qu’est cette nourriture, d’où elle vient et comment elle a été préparée.

A certains moment, on se demanderait même si nous faisons encore partie de ce monde, où si ne nous sommes pas plongés dans un monde parallèle de science fiction où l’imaginaire à pris le dessus. A moins que nous ne soyons dans un film ou dans quelque chose de vraiment très différent. Non, non, nous sommes juste en Russie.

Départ pour Kostroma puis l’anneau d’or

Nous partons bientôt pour Kostroma en bus, la route est longue. Le circuit est touristique, tout du moins, un peu plus. C’est l’anneau d’or. Je suis émerveillé comme les autres par la neige, les clochers de ces petites églises et monastères orthodoxes recouverts de blanc. Les sons sont feutrés par cette couche de blanc épaisse, et je découvre l’artisanat russe, les souvenirs, les matriochkas… mais surtout ces monastères magnifiques où défilent les cars de touristes et surtout les babouchkas courbées qui semblent totalement vouées à ces lieux saints.

Curieusement, je n’ai pas beaucoup de souvenirs de l’anneau d’or, à part que c’est blanc et que c’est beau. Finalement, les monastères s’enchaînent et finissent par se ressembler tellement ils sont nombreux.

C’est tout de même impressionnant et c’est vraiment très beau sous la neige. La ballade est très agréable. Il y a parfois quelques surprises lorsque nous mangeons dans une cantine « Stolovaya » à la russe où la nourriture peut faire un peu peur. Mais ça fait partie du dépaysement et du voyage.

Dans l’une de nos excursions, nous faisons une halte pour faire du ski de fond dans la forêt. Génial, sauf que je déteste le ski de fond, plus par principe que pour l’avoir essayé. Et là on nous donne des skis qui doivent avoir 30 ans ou plus. Les chaussures en cuir ont le cuir durci par le froid et usé. Les skis sont en bois. On croit rêver tellement le matériel a vécu. Nous partons doucement dans la foret avec notre guide. Je ne suis vraiment pas convaincu au début et je pars à reculons.

Pourtant, rapidement, je suis envouté par cette sensation de froid, de grands espaces et de glisse. Je commence à savoir skier, un peu maladroit parfois, mais j’avance. Ce qui nous entoure est magnifique. Il fait froid, mais skier au milieu d’un tel spectacle nous réchauffe et nous encourage.

Au bout d’une heure trente environ, nous sommes en pleine forêt et notre guide propose une petite pause. Il sort une flasque de vodka et nous propose à tous une petite rasade. N’osant pas trop au début, je finis par accepter et j’avoue que par moins 18 ou moins 20°C, ça fait du bien. Nous repartons en file indienne.

A un moment, nous sommes lâchés par petits groupes et nous nous retrouvons avec 2 ou 3 amis et amies au beau milieu d’une immense étendue blanche sans un arbre. après avoir dévalé une petite descente. « La Volga ». Nous étions en train de glisser à la surface de la Volga gelée sans nous en rendre compte. Quelle surprise, c’était tout simplement extraordinaire.

Nous avons ensuite rejoint le groupe dans une petite clairière où des russes nous attendaient. Il commençait à faire très froid, mais le comité d’accueil avait préparé à manger sur des planches aménagées avec tréteaux, dehors en pleine clairière par presque moins 20. Un grand samovar rempli d’eau bouillante attendait de nous servir le thé. Et nous nous sommes rassasiés dans le froid avec ce buffet au milieu de nulle part. Les russes avaient préparé des shashliks, les premiers de ma vie. Ils avaient une drôle de tête avec beaucoup de gras. Mais ils étaient excellent. Cette balade était vraiment extraordinaire. J’en garde un souvenir impérissable.

Retour sur Moscou

Après quelques jours passés dans les campagnes russes de l’anneau d’or, nous revenons sur Moscou pour visiter le Kremlin et les sites touristiques habituels. Nous allons sur l’Arbat où nous rencontrons un jeune russe sympa, Dima. Il est un peu rock and roll, un peu punk, il a des bracelets à clous et l’air sympa. Bref, dima est un jeune genre plutôt branché. Nous lui proposons de venir passer la soirée avec nous et nous le ramenons à l’hôtel.

Nous découvrons à ce moment là que les russes n’ont pas le droit d’entrer dans les hôtels avec les étrangers. C’est comme ces magasins où il y a de tout, du coca, du Nutella et tout ce que l’on trouve chez nous et où l’on paye en dollars. Ils sont interdits à la plupart des russes. Pourtant, nous entourons Dima de tout notre groupe et nous insistons pour passer. Nous avions eu moins de problème avec quelques jeunes filles que nous avions rencontré à Kostroma. Devant notre détermination, les gardiens ont fini par nous laisser passer avec Dima.

Nous faisons la fête dans les chambres de l’hôtel. La bière et les alcools s’achètent auprès de la femme d’étage pour presque rien. Et nous échangeons avec eux. Cette rencontre fût très intense. Ils voulaient tout savoir de nous, où nous habitions, comment c’était chez nous.

Nous avons échangé certaines de nos affaires contre les leurs. Nous parlions un peu en anglais, un peu avec des gestes ou des signes. Certains d’entre nous arrivaient à sortir quelques phrases en russe. Pour ma part, je me suis rendu compte de mon ignorance à ce moment là. Je crois bien que je n’avais même pas de dictionnaire de russe, ni guide de conversation avec moi. Depuis, heureusement, j’ai beaucoup progressé.

Dima avait apporté des disques 33 tours de rock russe. Je me souviens de cet album de Viktor Tsoï parmi d’autres. En échange on lui avait donné une paire de Dr Marteen’s.

L’une des filles avait offert un de ses jeans à cette fille russe, qui avait du mettre plus d’une heure à s’en remettre d’émotion. Pour elle, c’était beaucoup trop. Le jean était la denrée rare qui valait des points en Russie, beaucoup de points. Il était encore impossible de s’en procurer. Le cadeau était pour elle exceptionnel. Je me souviendrai toujours de son émotion à le recevoir et tout d’abord à vouloir absolument le refuser tellement c’était trop.

Retour en France

J’ai trouvé ça un peu bizarre de rentrer en France. Ce que j’avais vu ou vécu me semblait difficile à raconter aux autres. La plupart ne comprendraient pas. Et puis, moi même d’ailleurs, j’avais du mal à me rendre compte de ce que j’avais vécu là bas. J’avais vraiment vu et vécu cette petite aventure ? N’étais-ce pas une sorte de rêve.

Bien sûr, je n’en garde que d’excellents souvenirs. Mais ce côté sombre leur donnait un ton étrange. Je ne savais plus bien au bout de quelques temps si j’avais vraiment vécu ces souvenirs où si je les avais rêvé. Finalement, la vérité que j’avais rencontré en Russie cette année là était sans doute difficile à croire, tellement elle était loin de la nôtre et de la mienne… à seulement 3h et demi d’avion de Paris.

Par Thomas Béguin du blog Russie.fr

Et vous, racontez-nous en quelques lignes votre première fois dans un pays lointain

 

3 réflexions au sujet de « Mon premier voyage en Russie »

  1. Je rêve d’aller à st Petersbourg pour le réveillon, pour la période de noël la Russie est vraiment le top. Neige, bâtiment éclairé, la nuit tombe tôt et bien sur la Vodka! 🙂 J’espère pouvoir y aller un jour.

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